13.03.2018

«Nous souhaitons devenir la première banque numérique de Suisse.»

Dans une interview, le CEO Hansruedi Köng explique pourquoi le résultat d’entreprise s’est révélé inférieur à celui de l’année précédente, quels sont les domaines que PostFinance prévoit de renforcer et ce qu’il lui reste à faire pour devenir la première banque numérique de Suisse.

Hansruedi Köng, que pensez-vous du résultat de l’exercice sous revue?

En 2017, PostFinance a réalisé un résultat d’entreprise (EBT) de 463 millions de francs, en recul de 79 millions par rapport à l’exercice précédent. Cette diminution s’explique par des amortissements uniques, des dépréciations sur participations et la première indemnisation versée au groupe pour la lettre de patronage signée dans le cadre du plan de stabilisation «too big to fail» pour les banques d’importance systémique. Alors que des correctifs de valeur avaient pesé sur le résultat de l’année précédente, celui de cette année enregistre des reprises de dépréciations sur des immobilisations financières. Il s’agit toutefois d’un effet purement comptable et non de fonds effectivement encaissés. Par ailleurs, notre résultat profite de bénéfices résultant de la vente de deux portefeuille d’actions. Nous ne pourrons pas revendre ces actions une seconde fois.

Il s’agit donc d’un résultat quelque peu mitigé?

On peut le dire ainsi. Nous avons gagné de l’argent grâce aux opération de négoce, de commissions et de prestations de services, où nous avons amélioré le résultat. C’était important car, dans le domaine des opéra- tions d’intérêts, notre principale source de revenus, le résultat a baissé de 16 millions de francs par rapport à l’exercice précé- dent. Ce recul nous fragilise et montre que l’impossibilité d’octroyer des crédits et des hypothèques en notre nom propre nous porte un grave préjudice, surtout dans l’en- vironnement actuel de taux négatifs. Nous devons intervenir à ce niveau, car notre marge d’intérêts reste sous pression.

L’une des solutions pourrait consister à privatiser partiellement PostFinance.

A elle seule, une privatisation partielle ne résoudrait rien. Si toutefois elle permettait de mettre un terme à l’interdiction d’oc- troyer des crédits, nous devrions l’envisager du point de vue entrepreneurial. Cette dé- cision ne dépend cependant pas de nous, mais relève d’une décision politique.

Pourquoi les résistances à une suppression de cette interdiction sont-elles si grandes?

Les autres banques ont peu d’intérêt à voir PostFinance accéder au marché du cré- dit. Par ailleurs, des affirmations erronées circulent, selon lesquelles, par exemple, cette interdiction procurerait davantage de sécurité à PostFinance. C’est tout simple- ment faux. Dans ce débat, il ne faut pas oublier que l’interdiction d’octroyer des crédits ampute le patrimoine national. Si l’on y mettait un terme et si l’on privatisait partiellement PostFinance, cela génèrerait de beaux revenus pour le propriétaire, la Confédération et, donc, le peuple suisse. Par contre, si cette interdiction est main- tenue et si les intérêts demeurent à ce bas niveau, PostFinance aura moins de valeur dans cinq ans qu’aujourd’hui.

Que faites-vous contre cette menace de dépréciation?

Nous diversifions notre structure de revenus et nous nous ménageons de nouvelles sources de revenus. Aujourd’hui, plus de la moitié de nos revenus provient des opérations d’intérêts. Nous entendons réduire cette dépendance, par exemple en renforçant nos opérations de placement. De plus, nous tenons compte des habitudes des clients, modifiées par le numérique, et nous nous transformons en Digital Powerhouse.

La numérisation est le mot d’ordre de toutes les banques. Comment vous différenciez-vous de la concurrence?

La numérisation est une tendance de fond au même titre que la mondialisation; elle n’épargne pas le monde bancaire. Il ne s’agit donc pas de savoir si nous y participons, mais comment nous y participons et à quel rythme nous adaptons nos produits, prestations et processus aux nouveaux besoins des clients. C’est là que nous intervenons: le numérique est un défi de taille pour de nombreuses personnes, car il bouleverse des comportements auxquels nous sommes habitués depuis toujours pour certains. Nous voulons soutenir et accompagner nos clients lors de ce passage d’un système bancaire traditionnel à un système numérisé. En d’autres termes, notre objectif est le banking numérique – simple et accessible à tous. Quasiment aucune autre banque en Suisse ne peut procéder de façon aussi systématique.

Où en sont les travaux d’édification de la Digital Powerhouse?

Nous avons conçu les plans de construction au cours des 18 derniers mois. La première étape a consisté à transférer PostFinance dans une nouvelle organisation, à l’été 2017.

Qu’est-ce qui caractérise cette nouvelle organisation?

L’accent est encore davantage mis sur les clients, leurs besoins et leurs habitudes. Nous avons créé les nouvelles unités Retail et Corporates. La première propose aux clients, dans l’activité standard, des solutions numériques simples, qui doivent leur faciliter encore plus l’administration de leur argent. Nos clients commerciaux importants sont regroupés au sein de la seconde, laquelle leur propose des solutions individuelles pour le traitement de masse dans le trafic des paiements ainsi que des solutions et conseils dans les domaines de l’achat, de la logistique et de la vente pour qu’ils optimisent leurs processus et gèrent leurs liquidités. Et nous renforçons les opérations de placement.

Quelles sont les prochaines étapes?

Pour être à l’abri des tempêtes et autres intempéries, un édifice a besoin de fondations solides. Le nouveau système de noyau bancaire, que nous introduirons à Pâques 2018, représente les fondations de la Digital Powerhouse. Une fois celles-ci coulées, nous passerons à la construction proprement dite. Notre objectif est ambitieux: devenir la première banque numérique de Suisse d’ici à la fin 2020.

Pourquoi le nouveau système de noyau bancaire est-il si important pour la future stratégie?

Nous travaillons dans un environnement informatique très hétérogène, qui s’est développé au fil des années et repose sur le principe laborieux de deux releases par an. Or, le marché évolue dans une autre catégorie aujourd’hui. Pour pouvoir prendre de la vitesse, nous devons commencer par optimiser l’architecture informatique et renouveler notre système de noyau bancaire. Ce n’est qu’ensuite que nous serons techniquement prêts pour le numérique et la Digital Powerhouse. De plus, le nouveau système de noyau bancaire nous permet de créer les conditions requises pour rester numéro un du trafic des paiements en Suisse.

Le trafic des paiements en Suisse est actuellement harmonisé. Où en est PostFinance dans le passage à la norme ISO 20022?

Prenant au sérieux l’harmonisation du trafic des paiements, nous avons commencé très tôt à préparer ce passage à la norme ISO 20022. Notamment parce que notre nouveau système de noyau bancaire repose sur les formats ISO et ne supporte plus l’ancienne configuration du trafic des paiements. Nos clients ont donc dû changer leurs systèmes avant la fin 2017. Nous leur sommes très reconnaissants de s’être montrés très compréhensifs.

Tous les clients ont-ils réussi à temps ce passage?

Oui, le passage est entièrement achevé! Pour réaliser cet objectif, nous avons commencé à gérer individuellement certains clients dès 2015 et n’avons eu de cesse de leur rappeler le délai final. Ces efforts ont valu la peine: nous sommes le premier établissement financier à se baser entièrement sur la norme ISO 20022 en Suisse.

Vous avez évoqué la volonté de PostFinance de renforcer les opérations de placement. Quels sont vos projets concrets dans ce domaine?

Bien qu’elle propose depuis des années déjà différents produits de placement attrayants, PostFinance est toujours trop peu perçue comme une banque d’investissement. Nous voulons que cela change. Nos clients nous confient des avoirs en espèces à hauteur de près de 100 milliards de francs sur leurs comptes d’épargne et leurs comptes destinés au trafic des paiements. Dans l’environnement des taux actuels, ni les clients ni nous n’obtenons de rendements acceptables sur ces fonds. Nous souhaitons donc de plus en plus attirer les clients disposant d’importantes liquidités vers les placements. Les mois qui viennent de s’écouler nous ont montré que le pari est gagnant.

Que disent les chiffres?

Nous avons lancé à l’automne une vaste campagne de marketing sur nos fonds de placement qui a eu d’importantes retombées. Rien qu’au quatrième trimestre 2017, plusieurs centaines de millions de francs ont été investis dans nos fonds. Nous allons poursuivre sur cette voie et lancer d’autres offensives commerciales. Outre les produits, nous mettons également en exergue nos compétences en matière d’opérations de placement. Car l’ère du numérique n’y changera rien: la confiance est décisive dans l’offre bancaire en général et dans les placements financiers en particulier.